Co-Working ou “Co-Glanding” ?

Initialement appelé tiers-lieu, ce terme est devenu générique englobant toutes les vocations possibles que ce soient d’innovation, culturelle, ou d’Economie Sociale et Solidaire. Ainsi, pour les espaces destinés à accueillir les actifs, la notion de Co-Working semble vouloir s’imposer sans pour autant que cette terminologie ne fasse consensus.

Car associés bien souvent à la dynamique d’animation de communautés d’utilisateurs, ces espaces de travail partagés s’efforcent de casser les codes habituels du lieu de travail.

À ce titre, les noms retenus par les gestionnaires de ces infrastructures qu’elles soient urbaines ou rurales évoquent bien souvent cette notion du « travailler / vivre autrement » et quelques noms ont retenu mon attention tels que le Kanap, la Kaftièr voire pour un espace ouvert dans la commune de Lanta (31) le Co-Lanta.

Difficile avec de telles dénominations d’être rassuré quant à l’atmosphère studieuse des espaces proposés.

Depuis l’ouverture et l’exploitation du premier Relais d’Entreprises en 2012 à partir duquel j’ai créé un bureau d’études en dimensionnement de tiers lieux et une enseigne nationale d’espace pour télétravailleurs, j’ai toujours affiché une certaine réserve avec cette vision souvent « idyllique » des nouveaux espaces. J’ai alerté quant aux effets pervers d’une mise en avant de la dynamique d’animation au détriment de la configuration propice à la concentration et donc au travail.

Quel lieu pour quel usage ?

Concernant les « Tiers-Lieux » et notamment ceux qualifiés « d’activité » qui s’adressent aux actifs (entrepreneurs ou télétravailleurs), il convient de rappeler, contrairement à ce que peuvent prétendre certains « experts » du sujet, qu’il n’y a pas un utilisateur « universel » attaché à la dynamique d’animation de l’espace autour « d’Afler Work » ou encore de grands buffets de « Co-Bouffing » où la communauté aura à cœur de faire découvrir la spécialité de sa région.

Co-Working ou « Co-Glanding » ?

Cette effervescence est géniale, je ne dis pas le contraire et suis le premier à vouloir faire découvrir « la Cacasse à Cul Nu de mes Ardennes natales». Mais s’agissant d’espaces de travail, j’observe dans les Relais d’Entreprises qui doivent obligatoirement proposer des bureaux fermés, l’arrivée d’actifs : entrepreneurs ou télétravailleurs salariés désireux de disposer d’un endroit pour se concentrer, proche de leur domicile et qui ne se retrouvent absolument pas dans l’offre proposée par des espaces d’animation de communautés bruyantes..

Car qui dit Animation dit Animateur !

À peine le projet de tiers-lieu évoqué par la Collectivité qui dispose souvent d’un local vacant pressenti pour être aménagé, ou un porteur de projets privés, la question de l’Animation de l’espace se pose. Le sujet est complexe et le pôle Etudes & Expertises de Relais d’Entreprises missionné sur le dimensionnement de tiers-lieux, insiste sur la définition de la (ou des) vocation(s) de l’espace souhaité et de fait les cibles visées. En présentant la chaîne de valeurs qui fait la distinction entre les différentes phases, il est ainsi plus facile de se projeter dans le « qui fera quoi » et surtout « qui paiera quoi »

Co-Working ou

Et quand l’idée d’avoir un « Animateur », au-delà du « Concierge » qui va assurer la gestion opérationnelle, s’impose comme étant incontournable car je cite « s’il n’y a pas d’Animateur, l’espace ne fonctionnera pas », nous nous appuyons sur la métaphore de l’hôtellerie. Nous précisons qu’un commercial itinérant qui cherche un endroit pour dormir ne sera pas forcément réceptif à « l’apéro quizz » organisé par le « gentil animateur » dont le salaire est forcément facturé dans le prix du séjour.

En clair, lorsqu’il s’agit d’offrir une alternative à la mobilité pendulaire en proposant des espaces de travail proche du domicile pour favoriser le télétravail ailleurs qu’à la Maison (le combat de Relais d’Entreprises qui lance dès la semaine prochaine une grande enquête pour mesurer la valeur ajoutée d’un tiers-lieu), ce qui compte c’est la proximité de l’espace, sa facilité d’accès, sa connexion internet et la configuration immobilière propice à la confidentialité. Certes les échanges de quelques minutes autour de la machine à café est l’un des arguments à mettre en avant par rapport au télétravail à domicile (et d’autant plus pour les salariés 100 % détachés qui ne voient pas leurs collègues le reste de la semaine), mais de là à payer une personne pour distribuer des chouquettes, cela risque de faire cher la pause-café.

En revanche, si le projet consiste à faire émerger une dynamique d’échanges entre les habitants, les communautés d’actifs, d’artistes avec idéalement une porosité entre des publics qui généralement ne se croisent pas, il sera important de disposer d’une personne ressource en mesure de coordonner et encourager cette fertilisation croisée.

Mais en l’absence de bénévoles pour s’en charger, y aura-t-il un modèle économique pour couvrir le salaire de l’animateur ? Ceux qui fréquentent l’espace seront-ils en mesure de s’acquitter d’un loyer ? (Ce qui est souvent compliqué pour justement les communautés qui utilisent l’espace pour générer une valeur ajoutée non marchande ou trop faible).

Ces questions de « bon sens paysan » sont très appréciées par des élus ou des porteurs de projets privés qui tout en affichant les ambitions de contribuer au « mieux vivre », sont lucides lorsqu’il s’agit d’anticiper le budget de fonctionnement d’un tiers-lieu. Un équilibre économique qui rapidement devra s’affranchir des nombreux dispositifs qui fleurissent et dont la pérennité sera remise en cause à partir du moment où justement le marché des « tiers-lieux » et plus encore des tiers-lieux d’activité / co-working aura atteint une maturité, avec assurément l’émergence de modèle économique comme celui que propose Relais d’Entreprises en fédérant sous une même enseigne les espaces destinés à accueillir des actifs désireux avant tout de « travailler ».

NB : Ces quelques lignes n’ont pas pour ambition d’apporter une expertise exhaustive sur le sujet complexe des tiers-lieux. Il s’agit avant tout d’une sensibilisation à la nécessité d’adapter l’offre aux publics ciblés.

Auteur : Dominique VALENTIN

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *